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>Choc des civilisations ? La fin d’une fiction…

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Par Abdennour Bidar, philosophe et écrivain (LE MONDE, 01/03/11):
Adieu M. Moubarak. Mais surtout, surtout, Adieu M. Huntington! Essayons de nous souvenir de l’expression que vous utilisiez en cette fin du XXe siècle qui paraît déjà si loin… C’était bien “le choc des civilisations”, n’est-ce pas? L’oraison funèbre de votre thèse vient d’être prononcée par l’événement en marche des révolutions arabes, Egypte et Tunisie. Les concepts aussi doivent mourir un jour, surtout quand ils sont faux. Comme le dit le Coran, “l‘erreur est destinée à disparaître”. Avec ce tremblement de terre auquel nous assistons stupéfaits et dont il y aura sans doute d’autres répliques, ce qui vient de s’écrouler c’est bien en effet cette fiction forgée par Samuel Huntington d’une altérité radicale entre un Occident qui aurait le monopole de l’amour de la liberté et un Orient musulman qui serait au contraire voué à des servitudes éternelles.
Certes, il est trop tôt sans doute pour préjuger de l’issue de la double révolution égyptienne et tunisienne. Mais désormais il sera beaucoup plus difficile d’essentialiser la civilisation islamique comme ce lieu du monde humain où la terre devra rester toujours plate et où l’autoritarisme politique pourra continuer éternellement de vivre en symbiose maudite avec l’autoritarisme de la religion. Et même si probablement ces révolutions – comme tant d’autres avant elles – n’arriveront pas à produire immédiatement de l’égalité et de la liberté, ces foules arabes en mouvement ont envoyé aux téléspectateurs du monde entier une image d’elles-mêmes absolument inédite. Elles nous ont adressé le signal d’un bouleversement sans précédent et sans retour dont il faut essayer de prendre la véritable mesure. De quoi ces révolutions politiques arabes sont-elles le révélateur ?
Ce qui vient de se produire va bien plus loin que la fin de Moubarak, bien plus loin que la fin d’un autoritarisme politique particulier, et bien plus loin enfin que la fin de l’autoritarisme arabe en général – même si celui-ci a probablement hélas de beaux jours devant lui dans plusieurs autres pays de cette aire géographique. Malgré cela, nous pouvons d’ores et déjà estimer que l’événement égyptien, notamment, est considérable. Historique avant même que l’histoire ne s’écrive, parce qu’il y a en lui quelque chose qui déborde infiniment le champ politique. En effet, dans ce pays qui est le phare culturel du monde arabe la chute du Raïs constitue l’un de ces grands moments où une révolution politique vient avertir le monde du renversement jusque là sous-jacent de toute une vision du monde. Comme la Révolution de 1789 qui était le résultat de mutations profondes de la société française. Comme la chute du Mur qui était elle aussi le dernier acte, brutal et spectaculaire, d’une lente agonie du modèle soviétique. Une fois de plus, la révolution politique n’est donc pas seulement politique et par conséquent il faut remonter bien en amont de ce champ politique pour saisir la véritable dimension de ce qui la détermine.
Son séisme, si spectaculaire soit-il, suppose comme conditions de sa production que dans le fond de la culture de ces pays arabes les plaques tectoniques ont commencé de se déplacer depuis bien plus longtemps. En quel sens ? Quelle évolution lente et souterraine de la culture est à l’origine de la révolution soudaine, visible et apparemment imprévisible du politique ? Sans doute une double mutation de la représentation ou de la conscience que les femmes et les hommes de ces peuples arabes ont d’eux-mêmes et de leur existence. Nous l’avons sous-estimé vu d’Occident, mais de toute évidence maintenant (toujours ce miracle ironique des évidences rétrospectives) nous réalisons que ces peuples arabes ont développé une nouvelle culture de la révolte et de la liberté contre tout ce qui veut s’imposer à eux d’en haut, une nouvelle culture de l’indignation et de l’insurrection contre tout ce qui voudrait nier la dignité humaine et soumettre l’homme à la fatalité d’une vie de misère.
LA FIN DE LA RÉSIGNATION
Sans doute que tout cela – culture de la liberté et de la dignité – existait depuis longtemps dans la conscience de ces peuples, mais elle était comme endormie. Par quoi ? Par les ravages d’une vision du monde où l’homme se résigne à souffrir et à obéir à tel ou tel pouvoir ou domination en disant simplement Hamdoulillah, Ma’challah ou Mektoub – “A la grâce de Dieu, Il l’a voulu, c’est ainsi, c’était écrit…” Voilà la dimension réelle de l’événement arabe : ce qui s’exprime à partir de l’épicentre du Caire, c’est la fin de la résignation à la fatalité en général et la dé-légitimation de tout ce qui veut s’imposer à l’homme d’en haut comme une puissance supérieure face à laquelle il ne peut rien, et face à laquelle il n’est rien. Voilà l’évolution de conscience ou révolution existentielle à laquelle est adossée la révolution politique du jour : c’est le vieux mythe et la vieille réalité du fatalisme existentiel arabe qui sont morts le vendredi 11 février sur la place Tahrir.
Mais alors l’événement recèle et révèle une colossale évidence, tellement colossale qu’on aurait dû la voir arriver de très loin… Si ce printemps arabe signe la fin du fatalisme, et pas seulement la fin de la résignation à l’autoritarisme politique, il nous parle aussi nécessairement en filigrane de l’autre grande figure de l’autoritarisme arabe : celui de la religion islam, c’est-à-dire d’une religion qui traditionnellement s’impose et contraint. Vis-à-vis de cela, les foules du Caire ou de Tunis nous disent qu’elles sont passées à un autre islam, à un autre rapport avec leur culture islamique. Elles nous disent qu’elles ne vivent plus l’islam comme soumission – à la tradition, aux coutumes, aux chefs religieux et aux chefs politiques qui veulent se servir du religieux… Voilà pourquoi, sur ce dernier point, la révolution d’Egypte échappera probablement au risque de sa confiscation par les Frères musulmans et autres forces fondamentalistes comme les salafistes ou les djihadistes. Car ceux-ci sont manifestement dépassés. Leur vision de l’islam est dépassée car elle repose sur un paradigme de contrainte et de domination dont les musulmans ne veulent plus. Nous assistons ainsi à la révolution en marche de la religion islam. Bien entendu, les hommes révoltés d’Egypte crient comme toujours Allahou Akbar, “Dieu est le plus grand”. Mais cela a-t-il la même signification religieuse que naguère ? En réalité pas du tout.
Le paradigme islamique classique est pris lui aussi dans le mouvement de bouleversement de fond que nous évoquons. La révolution existentielle arabe touche autant le religieux que le politique et il faut maintenant s’attendre à ce que ce religieux nous apparaisse sous peu comme tout autant bouleversé que le politique. En quel sens ? Depuis des siècles “islam veut dire soumission”. Et ce paradigme a longtemps conditionné consciemment ou inconsciemment, directement ou indirectement, la totalité du champ de l’existence arabe. C’est à partir de lui que l’attitude de soumission s’est autant répandue et légitimée dans tous les espaces privés et publics de ces sociétés, comme une dimension de la vie qu’il faut accepter.
Dans les pays arabes, les oppresseurs politiques, publics et domestiques parlent le plus souvent au nom de l’islam, au nom de Dieu – comme si Dieu et l’islam voulaient des esclaves ! C’est au nom de l’islam que telle famille empêche une femme de s’émanciper. C’est au nom de l’islam que la pression sociale contraint tout le monde à respecter le Ramadan. C’est même parfois au nom de l’autorité de l’islam qu’une police religieuse surveille et châtie. Voilà ce qui est en jeu sur le fond. Les foules qui se sont soulevées contre les régimes politiques demandaient bien sûr du pain ou des droits, mais leurs voix nues et fortes ont commencé de déchirer aussi cette toile de fond d’un religieux hégémonique et liberticide. Ces foules qui sont avant tout des femmes et des hommes dont chacun veut être reconnu comme sujet de droits ont ainsi protesté, toujours en même temps que sur le plan politique et de façon soit subliminale soit délibérée, au nom d’un autre islam possible, libre et non plus contraint, libéré et non plus imposé.
CATACLYSME
Quel message au monde, par conséquent, en plus du message politique ? En quelques longues journées d’un courage inouï, ces peuples tunisien et égyptien ont offert une régénération exceptionnelle à l’image de la culture islamique qui était si tragiquement défigurée par ses propres et interminables errances… Que l’on ne se méprenne cependant pas sur mon propos. Il ne s’agit pas d’islamiser le sens de cette révolution. Justement non, car je dis ici que nous assistons au contraire de la révolution iranienne : non pas à une révolution islamique, mais à une révolution de l’islam par ceux qui en sont aujourd’hui les héritiers. Des héritiers qui proclament la possibilité d’une nouvelle façon de vivre sa culture islamique, plus libre, plus ouverte, plus personnelle.
Ce que j’ai analysé dans mes livres comme émergence du “self islam”, c’est-à-dire islam du choix personnel dans lequel chaque conscience élevée dans la matrice culturelle de l’islam va revendiquer le droit – et assumer la responsabilité – de choisir ce qu’elle veut en retenir pour la construction de sa propre identité. Islam à la carte ? Rien de plus difficile en réalité que la liberté, rien de plus exigeant. En particulier dans le domaine du sacré qui est depuis des millénaires celui où l’homme a renoncé à toute autonomie. Or aujourd’hui c’est bien ce dernier territoire de l’autonomie humaine qu’il faut conquérir. Là aussi il faut oser penser, choisir et agir par soi-même. Tel serait finalement le message de fond incroyable que portent ces révolutions arabes. Quelle surprise ! C’est en ce lieu même du monde humain où la redéfinition de notre apport au sacré paraissait la plus impossible, que nous venons d’entendre cette revendication inouïe : nous les hommes pouvons être libres aussi face au sacré, libres sur le plan spirituel et pas uniquement sur le plan politique ou moral. De ce point de vue, les soulèvements ont potentiellement une immense valeur pour l’humanité entière, très au-delà du monde arabe. Car ils pourraient nous proposer à tous que demain le champ du sacré soit réinvesti par l’homme tout autrement qu’il l’a été durant des millénaires de soumission religieuse. Cataclysme. Car jusqu’ici l’Occident a voulu croire que la modernité se définirait comme abandon de ce champ du sacré, dénoncé comme terre d’illusion…
Le monde arabe semble ouvrir à cet égard une autre voie de sortie et c’est là quelque chose dont la mesure est effectivement considérable. Il nous dirait en effet qu’on peut sortir de la religion autrement, non pas en renonçant à sacraliser nos vies, mais en apprenant à les spiritualiser de façon libre, sans les soumettre à une autorité sacralisée quelle qu’elle soit. Moubarak est tombé, mais à travers sa chute c’est peut-être notre rapport humain à tous les pharaons et les Dieux qui nous dominaient qui vient de changer.
Fuente: Bitácora Almendrón. Tribuna Libre © Miguel Moliné Escalona

marzo 7, 2011 - Posted by | conflicto social, Islam

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